L’humanité condamnée à une triple peine.

, par  lio

On parle beaucoup de sauver la planète, mais ce n’est pas le vrai sujet. Même si ce sera long, la planète s’en remettra. Ce qu’il faut sauver, ou ce qu’il aurait fallu sauver, c’est nous, c’est l’humanité...

Mais à force de remettre cela à plus tard, je commence sérieusement à douter que cela soit encore possible. Voici pourquoi

Une calamité n’arrivant jamais seule, elles seront donc trois à s’abattre presque simultanément sur nous ! Explications :


 1ere Calamité : L’effondrement de la biodiversité

Les populations de vertébrés ont ainsi chuté de 58 % entre 1970 et 2012 et devrait atteindre 67 % d’ici la fin de la décennie. Dans le détail, les milieux d’eau douce sont les plus affectés, avec un effondrement de 81 % sur la période, devant les espèces terrestres (− 38 %) et celles marines (− 36 %). Si rien ne change, ces populations pourraient avoir diminué en moyenne des deux tiers (67 %) d’ici à 2020, en l’espace d’un demi-siècle seulement.

Sources : WWF / Le Monde / Le Parisien

En moins de trois décennies, les populations d’insectes ont probablement chuté de près de 80 % en Europe. C’est ce que suggère une étude internationale publiée mercredi 18 octobre par la revue PLoS One, analysant des données de captures d’insectes réalisées depuis 1989 en Allemagne ; elle montre en outre que le déclin des abeilles domestiques, très médiatisé par le monde apicole, n’est que la part émergée d’un problème bien plus vaste.

« Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76 % en moyenne et jusqu’à 82 % au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans, écrivent Caspar Hallmann (université Radboud, Pays-Bas) et ses coauteurs.

Ces résultats sont malheureusement extrapolables à la majorité du globe !

Source : Le Monde

En ce qui concerne les insectes vivant sous terre, ils disparaissent avant même que l’on ai eu le temps de les répertorier...En ce qui concerne les vers de terre, nous sommes passé de 2 tonnes à l’hectare à moins de 100kg, entre 1950 et aujourd’hui !

Pour mémoire, la cinquième extinction du crétacé, il y a 66 millions d’années, avait causé la disparition de « seulement » 50% des espèces (tous les animaux de plus de 25kg)...

Ces disparitions causés par la chasse, la surpêche, la pollution aux pesticides etc... sont aussi, et même, avant tout, causés par la surpopulation humaine et l’accaparement des terres sauvages qui en découle. En effet, notre planète n’est capable de nourrir qu’une quantité limitée de bio-masse vivante. Donc selon un système de vase communiquant, au fur et à mesure que la masse humaine ainsi que la masse de leurs animaux de compagnie et d’élevage augmente, la masse « sauvage » diminue. Là où les humains, leur cheptel et leurs animaux de compagnie représentaient moins de 1 % de cette biomasse il y a 5000 ans, ils en représentent plus de 95 % aujourd’hui : chaque million de tonnes supplémentaires d’humains, cheptel et animaux de compagnie s’accompagne donc mathématiquement de la disparition d’un million de tonnes d’autres vertébrés

La question qui se pose maintenant, c’est de savoir à partir de quel pourcentage, est-ce à notre tour de disparaître ?

Même si on est les derniers à disparaître (ce à quoi je ne crois absolument pas, les rats seront là pour dévorer le dernier d’entre nous), à ce rythme là, il reste à peine quelques décennies...
Source : Libération

Quelques scientifiques prédisent en effet que seuls les mammifères de moins de 3 kg auront une chance de survie ! Une chose est sûre, nous ne sommes absolument pas l’espèce la plus capable de s’adapter aux changements qui s’annoncent. Juste un exemple : Combien d’entre nous sont capables de ce nourrir de façon autonome sans supermarchés ? Pas grand monde dans les pays qui se disent civilisés...

Conférence / Interview de Hubert Reeves :

Coté flore, le tableau n’est pas plus glorieux ! Grâce aux semenciers, nous avons perdu 75% des variétés de fruits et légumes en France. Cette érosion génétique est catastrophique ! La quasi totalité des légumes cultivés aujourd’hui sont des hybrides, incapables de se reproduire ! Il existait en France, il y a 100 ans, plus de 3500 variétés des pommes, aujourd’hui 5 variétés, pour la plupart américaines, sont produites ! Globalement, 2 milliards d’hectares ont été rendus incultes, dont 1 milliards ces 100 dernières années.

Conférence de Claude Bourguignon :


  2eme Calamité : Le réchauffement climatique

En admettant que tous les pays respectent leurs engagements de l’accord de Paris et des COP, ce qui on le sait ne sera pas le cas (rapport ONU à la veille de la COP23), la température du globe s’élèvera de 3,5°C à l’horizon 2100. On est loin des chimériques 2°C qui sont quasiment déjà atteint... 3,5°C, cela paraît pas grand chose, mais c’est colossal et les répercussions seront multiples. Pour commencer, cela va entraîner la fonte totale des glaces des pôles, et réchauffer d’autant plus les océans de ces régions, qui, au lieu d’être bancs et de réfléchir les rayons du soleil, deviendront noir et absorberont cette chaleur. La fonte et la dilatation de l’eau qui en découlera fera monter le niveau des océans de plusieurs mètres et provoquera la disparition de ville comme New-York, Shanghai, Hong-Kong ou Calcutta et des régions entières comme la Floride, le Bangladesh ou la Camargue.
Source : L’Obs
Cela représente des centaines de millions de réfugies climatiques par an :

« 1 personne déménage chaque seconde pour des raisons climatiques, ce qui représente 19,3 millions de réfugiés climatiques par an dans 82 pays (2014). Les raisons climatiques sont nombreuses : inondations, moussons, sécheresse, cyclones, désertification, érosion des sols, ... Il y aurait 250 millions de réfugiés climatiques chaque année autour de 2050. » (Rapport ONU)

Quelle civilisation peut prétendre survivre a un flux de 250 million de réfugiés par an ? En 2016, quelques dizaines (ou centaine) de milliers de réfugiés syriens, irakiens etc. sont arrivés en Europe et on a pu constater les conséquences sur l’opinion (Brexit, populisme, haines, dérives dictatoriales etc.) Cela pourrait entraîner la disparition d’une partie de l’humanité dans des guerres pour l’eau et pour les rares terres arables restantes ! Même Orwell n’a pas osé y penser !

Parallèlement, on commence à comprendre que l’on est confronté à la fonte du pergélisol (ou permafrost en anglais), cette épaisse couche (de 440m en Alaska à plus de 1000m en Sibérie orientale) de matières organiques gelé qui couvre entre 20et 25% des terres émergées mondiale. Le dégel des ces zones immenses et la décomposition de cette masse de matières organiques conduit à la libération de quantités phénoménales de CO2 ( Les sols gelés de l’Arctique contiennent environ 1 668 milliards de tonnes de CO2 , la quantité de carbone contenue dans le pergélisol est donc estimée à deux fois celle présente dans l’atmosphère ! ) et de méthane. Le méthane est un gaz à effet de serre qui est 20 à 25 fois plus polluant que le CO2.

Le début de ce phénomène est souvent considéré comme un point de seuil irréversible dans l’évolution climatique. Or, ce phénomène a bel bien débuté et il faut savoir qu’il n’a pas vraiment été pris en compte dans les projection de hausse de température !

« Si la totalité du carbone emprisonné dans le pergélisol venait à être relâchée, cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour le réchauffement climatique », explique Florent Dominé, qui évoque une augmentation de 5 à 8 °C de la température d’ici à 2100, quand le pire scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) se situe aujourd’hui à 4 °C, faute de prendre encore en compte ces processus complexes, mis au jour récemment.

« On est face à une redoutable boucle de rétroaction positive, poursuit le chercheur. Plus la température de l’air augmente, plus le pergélisol fond, plus la quantité de gaz à effet de serre augmente dans l’atmosphère, ce qui entraîne une nouvelle hausse de la température de l’air, et ainsi de suite… »

Source : NouvelObs / Capital / CNRS

Carte du pergélisol :

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Grâce aux sécheresses, les incendies de forêts se multiplient ces dernières années, en Grèce, au Portugal et même au Groenland !

De plus, la fonte des glaciers de haute montagne menace d’assèchement de nombreux fleuves autour du monde (le Rhône ou la Durance en France) avec des bassins de population absolument colossaux...

Même si les avis sont très contradictoires, la fonte des glaces du Groenland pourrait aussi ralentir, voir stopper, le courant du Gulf-Stream, ce qui aurait des conséquences assez mal connues mais forcément catastrophiques.( source : Politis)

Pour finir et essayer de donner un ordre d’idée concret, notre consommation énergétique globale correspond à 4 Hiroshima par secondes ! Soit, 2.5 milliards de bombes depuis 1988. C’est absolument colossal...


 3eme (et dernière) Calamité : L’épuisement simultané des ressources

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Nos sociétés reposent à 92% sur les 3 énergies fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz.

Or, le Taux de Rendement Energétique (TRE) de l’extraction du pétrole devient ridicule à cause de la diminution des ressources. Ce ratio correspond au nombre de barils récoltés par rapport au nombre de baril dont on a besoin pour forer et utiliser un puits. De 100 pour 1 dans les années 1970 il est passé à 10 pour 1 et tend de plus en plus souvent à 4 pour 1, voir 1,5 pour 1 pour les sables bitumeux du Canada !
Source : Wikipédia
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Le pic de production pour le pétrole est placé en 2006 par l’agence internationale de l’énergie. Depuis, la production stagne grâce à l’exploitation des sables bitumeux de l’Alberta au Canada et au pétrole de schiste des USA sans quoi ce serait en chute libre. Cet effet de palier devrait se poursuivre jusqu’en 2020 environ avant de chuter de façon inexorable.
Source : Wikipédia / Le Monde

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Le pic de production pour le gaz a eu lieu en 2010 avec le même phénomène grâce au gaz de schiste.
Source : Wikipédia

Pour ce qui est du charbon, le pic devrait avoir lieu en 2020.

Les pics de production représentent le sommet de l’extraction et est généralement suivi d’une chute de production très rapide.

De nombreuses autres ressources, comme l’argent, le plombs, le cobalt, l’indium ou l’antimoine sont, elles aussi, en cours de tarissement. Source : Wikipédia

Le problème est que nous refusons de nous préparer à cela. Or, tout ce que nous mangeons et consommons, dépend directement du pétrole. Il faut en effet entre 8 et 36 calories d’énergie fossile pour produire 1 calorie alimentaire végétale. Efficace ! Et je ne parle pas du rendement lamentable pour obtenir une calorie de protéine de bœuf ! Ainsi, chaque français consomme environ 4,3 litre de pétrole par jour !

Bref, sans anticipation, quand le pétrole se tarira, la production agricole suivra inévitablement la pente, nous réservant une belle disette mondiale.

De plus, notre système économique mondialisé se reposant quasiment exclusivement sur la production de masse d’objets (souvent futiles) à base de plastique et autre métaux rares, est amené, lui aussi à connaître une crise d’une ampleur largement supérieur à celle de 1929. Et avec la mondialisation, un crack se répandrait en quelques heures partout dans le monde. Sauf peut être en Corée du Nord et à cuba...

Notre impréparation aura un effet pervers qui accélérera de fait les calamités 1 et 2. Car quand le prix du pétrole et du gaz aura doublé ou triplé en l’espace de quelques années, c’est nos forêts qui seront alors tronçonnées jusqu’au dernier arbre pour faire du bois de chauffage et alimenter des centrales électriques ! Or, moins de forêts, moins de biodiversité et plus de CO2...

Vous noterez le paradoxe qui fait que nous avons à la fois trop de pétrole pour notre atmosphère et pas assez pour soutenir nos besoins fondamentaux au delà de quelques années !


 Pourquoi je doute que l’humanité réagisse ?

Le rapport du club de Rome remonte à 1970. Il présentait une douzaine de scénarios possibles, appuyé sur un modèle informatique qui n’a jamais été démenti. La plupart de ces scénarios étaient optimiste et prévoyaient une stabilisation de la croissance. Deux scénarios, dits "business as usual" (comprenez : faire comme si de rien n’était) conduisait notre civilisation à un effondrement (comme les mayas, les Pascuansou les Anazsazisavant nous). C’est ces scénarios là que l’ont a suivi, voici les courbes du modèle et les courbes actualisées de nos réalisations :
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La première COP sur le climat remonte à 1979, à Genève... Pour comparer, les négociations de OMC qui visaient à créer des normes globales pour le commerce international ont débutées en 1986 et ont débouchée sur un accord mondial contraignant en décembre 1993 à Genève, aussi. 7 ans pour mettre tout le monde d’accord ! Or, pour le climat, les négociation débutées en 1979 sont toujours en cours et ne font encore l’objet d’aucun accord contraignant près de 40 ans plus tard ! Alors ne soyons pas naïf au point de croire que ce sera pour 2018... Aucun indice ne le laisse présager, bien au contraire.

On ne parle que de croissance, d’accords économiques, de consommation et de pouvoir d’achat, là ou il faudrait mettre en place une décroissance maîtrisée, et insuffler un vent de sobriété dont, visiblement, personne ne veut. Aucun gouvernement ne sera jamais élu avec le programme de réduire notre niveau de vie ! De plus les pays émergents n’ont qu’une envie : atteindre au plus vite notre niveau de vie et nous sommes bien mal placé pour leur demander de se serrer la ceinture alors que nous ne faisons rien de significatif !

Vous me direz qu’il existe des initiatives locales et que le changement peut venir de la base. Oui, mais leurs impacts réels sont malheureusement quasi nuls car ces initiatives sont menées de façon individuelles sans aucune coordination et qu’elles ne concernent qu’une partie marginale de la population. 98% de la population vit dans le déni de la réalité et n’est pas prête à renoncer au renouvellement annuel de son super téléphone tactile dernier cri ! Alors non, le changement ne viendra pas de ce coté là...ou trop lentement.

D’ailleurs, à chaque fois que je parle de cela, on me répond « Tu es bien pessimiste ! L’humanité saura s’adapter » ou bien « Si c’était aussi grave, les journaux en parleraient ! »... S’adapter en voulant balancer des millions de tonnes de souffre dans l’atmosphère pour simuler la gigantesque éruption volcanique qui avait plongé l’Europe dans un hiver de plusieurs années au moyen-âge ? (source : Wikipédia) Et les conséquences ? Inconnues ! Quant aux journaux, ils en parlent, rarement, mais ils en parlent, pour preuve tout les liens sources de cet article. Par contre, je n’ai jamais lu un article global comme celui que je suis en train de rédiger... Et oui, il ne faut pas oublier que la presse française appartient à 9 milliardaires et qu’elle est rémunérée par la publicité des multinationales. Or, la fin de l’humanité, ce n’est pas un sujet très vendeur, pas très envie de boire du cola, de ce goinfrer de pâte à tartiner et de changer de téléphone tactile après un tel article ! Alors on évite !

Alors que doit on faire ? Quelle est la solution me direz-vous ? Eh bien malheureusement, à mon échelle, je n’en ai pas. Pas d’efficace en tout cas ! Je fais donc tout mon possible pour ne pas être complice de tout cela, je consomme bio et local au maximum, j’évite autant que possible de donner des ronds aux multinationales, je fais le moins de déchets possible, je tri, je recycle, je réutilise, je donne, je bricole, je jardine et fais du compost, j’ai quelques poules, je fabrique ma lessive et mes produits de nettoyage...On peut aussi éviter quelques trucs comme faire ses besoins dans de l’eau potable (alors que les 2/3 de l’humanité en manque), prendre sa voiture pour faire 500 mètres, laisser les lumières allumées, chauffer toutes les pièces de sa maison etc. Une chose est primordiale : Privilégier les rapports humains, le lien social, par rapport à tout ce qui est matériel et futile !

Bibliographie

Articles Wikipédia : Théories sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle / Limites planétaires et effondrement des sociétés


JPEG - 213.2 ko Dion Cyril (2015). Demain : Un nouveau monde en marche, Actes Sud, 360 p., ISBN: 9782330055851, RIS, BibTeX. Notre article sur ce livre ICI


JPEG - 23.4 ko Klein Naomie (2016). Tout peut changer : Capitalisme & changement climatique, Babel, 883 p., ISBN: 9782330070397, RIS, BibTeX.


JPEG - 21.1 ko Diamond Jared (2006). Effondrement - Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, collection « NRF essais », Gallimard, 656 p., ISBN: 9782070776726, RIS, BibTeX.


JPEG - 55.6 ko Servigne Pablo, Stevens Raphaël (2015). Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, collection « ANTHROPOCENE », Le Seuil, 304 p., ISBN: 9782021223316, RIS, BibTeX.

Lisez aussi notre article à propos de ce livre ICI.


WWF Rapport Planète Vivante 2016 Risque et résilience dans l’Anthropocène


JPEG - 15.1 ko Valantin Jean-Michel (2017). Géopolitique d’une planète déréglée., collection « Le choc de l’anthropocène », Le Seuil, 327 p., ISBN: 9782021370041, RIS, BibTeX.


PNG - 246.3 ko Pitron Guillaume (2018). La guerre des métaux rares, LLL, ISBN: 9791020905741, RIS, BibTeX.

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